Une page d’histoire …

CRASH D’UN P51D MUSTANG À MORSCHWILLER

Lieutenant Colonel Leonard Paul MARSHALL

Matricule : O-421275
29 Novembre 1918 à Keokuk, Lee County, IOWA
21 Avril 1945 inhumé à MOSS RIDGE CEMETERY, Carthage, Hancock County, ILLINOIS
Pilote du P51D – n°série : 44-63212, immatriculé WZ – Z, baptisé « The Face VI »
D’abord affecté au 82nd Fighter Squadron, il sera ensuite promu et affecté au Quartier Général du 78th Fighter Group de la 8th Air Force

Capitaine Leonard P Marshall est affecté au 82nd FS du 78th FG et vole sur le P47C immatriculé MX-B, numéro de série 41-6396

Toujours au 82nd FS du 78th FG, il vole ensuite sur le P47D immatriculé MX-Q, numéro de série 42-76131. L’avion s’écrasera en Suisse, alors qu’il était piloté par le Lt Richard D. Steele le 11 mai 1944, qui sera emprisonné en Suisse car pays neutre. Le capitaine Marshall sera doté du P47D à nouveau immatriculé MX-Q, mais numéro de série 42-8584.

Il est promu Lieutenant-colonel et sera affecté au 84th FS du 78th FG. Il sera doté d’un nouveau P47D, immatriculé WZ-Z, immatriculé 44-19762 et le baptisera « The Face V »

Il est ensuite affecté au QG du 78th FG et volera sur le P51D, immatriculé WZ-Z, numéro de série 44-63212 dans lequel, il trouvera la mort.

Contexte

Le 21 avril 1945, le 78th fighter group de la 8th Air Force de l’US Army est basé sur la station 357, à Duxford dans le Cambridgeshire en Angleterre. La mission du jour, escorter des bombardiers lourds américains vers le sud de l’Allemagne.

À cette date, la ligne de front avance rapidement. L’Allemagne nazie ne vit plus que d’illusions, la chute n’est qu’une question de jour et malgré cela, les raids continuent. Le lieutenant colonel Leonard P. MARSHALL alors affecté au Quartier Général du 78th fighter group prend le commandement de la Section WHITE, code CARGO composée de 4 avions de chasse P51D Mustang pilotés par :

    • 2nd Lieutenant Robert H. GALSTON (83rd Fighter Squadron)
    • Lieutenant-Colonel Leonard P. MARSHALL
    • 2nd Lieutenant Richard L. HOLLOWAY (83rd Fighter Squadron)
    • 1st Lieutenant Don R. MONTEITH (83rd Fighter Squadron)

Ils décollèrent de Duxford à 08h50 pour prendre la direction de l’Allemagne. La météo n’est pas très bonne, très nuageuses avec quelques averses.

Les P51D survolent l’Alsace, cherchant à contacter et joindre les bombardiers américains, tout en prenant de l’altitude pour passer au-dessus de la couche nuageuse. C’est à ce moment que l’avion du Lieutenant-colonel MARSHALL a semblerait-il un problème de moteur. Son appareil pique du nez et part en vrille sous les yeux impuissant de son ailier, le lieutenant HOLLOWAY.

Redescendu sous la couche nuageuse, le lieutenant-colonel MARSHALL arrive à s’extraire du cockpit et saute en parachute à environ 1000 mètres d’altitude. Son parachute s’ouvrira mais malheureusement se trouvant trop bas, ne se gonflera pas suffisamment pour ralentir la chute du pilote américain. Il trouvera la mort sur le sol alsacien à quelques centaines de mètres de Morschwiller, au lieu dit « Ferlenstraeng ».

Son avion s’écrasera à une trentaine de mètres du corps sans vie de son pilote. Rosalie ZÜGER, habitante de Morschwiller sera témoin de la scène, alors qu’elle plantait des pommes de terre, ainsi que le Lieutenant John C. COOK du Signal Corps de l’US Army qui se dirigeait en véhicule de Haguenau vers Morschwiller.

TÉMOIGNAGE 1st LT John C. COOK
SIGNAL CORPS

« Le 21 Avril 1945, vers 11h00, je roulais vers l’ouest sur une route de campagne de Hagenau (Haguenau) à Marschweiller (Morschwiller). J’ai remarqué cinq avions, de type « chasseur », suivant une grande formation de bombardiers lourds. Un avion de chasse se trouvait derrière les quatre autres. J’ai détourné le regard des avions alors qu’ils passaient derrière des nuages.

Au bout d’une minute environ, mon attention fut ramenée par le bruit d’un moteur, vers les nuages dans lesquels les avions disparaissaient. Le moteur était en régime de démarrage et de ralenti. En une seconde ou deux, l’avion est apparu en vrille hors des nuages; le moteur tournait à plein régime et l’avion tournait en piqué.

D’abord, un objet est tombé, puis un autre. En cinq secondes environ, le pilote a sauté à environ 300 ou 400 pieds (900 ou 1200 mètres). Son parachute s’est ouvert et ne s’est pas gonflé. J’étais à environ un demi-mile (800 mètres) de l’endroit où l’avion et le pilote sont tombés. Je m’y suis rendu immédiatement et j’ai trouvé le pilote et l’avion à une trentaine de yards (28 mètres) l’un de l’autre. Le réservoir d’essence était à environ 100 pieds (30 mètres) et l’aile à environ 50 yards (46 mètres).

Le pilote est tombé sur le flanc et était mort à mon arrivée. Je l’ai immédiatement enveloppé dans son parachute tandis qu’une foule de civils se rassemblait et j’ai posté une sentinelle au-dessus de l’avion. Le 69ème Groupe de Reconnaissance Tactique a été prévenu et le pilote décédé a été remis aux autorités médicales. »

 Rapport datant du 26 avril 1945

TÉMOIGNAGE 2nd LT Robert H. GALSTON
AIR CORPS – 83rd FIGHTER SQUADRON

 « Je volais en position numéro 4 dans la formation blanche sur l’aile du lieutenant Monteith lorsque nous sommes montés dans une épaisse formation de cirrus à environ 28000 pieds (8500 mètres).

À peu près à mi-chemin de la couche nuageuse, notre élément s’est séparé du vol et nous avons continué à monter à travers la couche nuageuse qui a éclaté à environ 31000 pieds (9500 mètres). Quand nous sommes sortis, je ne pouvais pas voir le leader ni son numéro 2. »

Rapport datant du 15 Juin 1945

TÉMOIGNAGE 1st LT Don R. MONTEITH
AIR CORPS – 83rd FIGHTER SQUADRON

« Voici mon compte rendu de la mission opérationnelle du 21 avril 1945, lorsque le Lieutenant-colonel MARSHALL dirigeait cet escadron en tant que Leader de l’escadron CARGO BLANC.

J’étais pilote numéro trois et le Lieutenant GALSTON était mon ailier. Nous avons décollé de la station F-357 à 08h50 et avons volé jusqu’à environ 10h30 dans la région de Mannheim, lorsque nous sommes tombés sur un ciel couvert à environ 28000 pieds (8500 mètres). 

À mi-chemin, sous un ciel couvert, nous avons été séparés du chef d’escadrille et du numéro 2. Nous avons donc continué notre progression dans le ciel couvert et en sommes sortis à 31000 pieds (9500 mètres) d’altitude. Quand j’ai contrôlé les alentours, je ne pouvais voir ni le chef d’escadrille ni le numéro 2. »

Rapport datant du 16 Juin 1945

TÉMOIGNAGE 2nd LT Richard L. HOLLOWAY
AIR CORPS – 83rd FIGHTER SQUADRON

« Lors de la mission du 21 avril 1945, j’étais pilote numéro 2 de l’escadre du Colonel MARSHALL.

Nous étions près de Francfort, en Allemagne. Le vol s’est déroulé sous un ciel couvert de cirrus denses dans lequel nous étions entrés à environ 27 000 pieds et avons continué à monter régulièrement. À 28500 pieds (8700 mètres) d’altitude, j’ai tenté de contacter nos bombardiers, mais j’ai constaté que ma radio n’était pas opérationnelle.

Peu après, à approximativement 29000 pieds (8900 mètres) d’altitude, l’appareil du Colonel MARSHALL a effectué une spirale abrupte vers la gauche, et le nez de l’appareil pointait vers le bas, comme un Split « S ».

En raison de la densité des nuages et de la mauvaise visibilité, j’ai instantanément perdu de vue son appareil. Je ne l’ai pas suivi, mais j’ai maintenu le cap et j’ai essayé de l’appeler à nouveau par radio, mais elle était toujours hors service. À 31000 pieds (9500 mètres) et environ 12 minutes plus tard, j’ai percé le ciel couvert et, ne parvenant pas à trouver les autres appareils de l’escadron, j’ai décidé de rejoindre quatre autres avions. »

Rapport datant du 15 Juin 1945

TÉMOIGNAGE ANTOINE ZÜGER (8 ans)
Né en Mars 1937 et habitant MORSCHWILLER

« Ce samedi matin, 21 avril 1945, j’étais à l’école de Morschwiller.

Mes parents étaient dans les champs, au lieu dit « Ferlenstraeng » entre Morschwiller et Dauendorf, pour planter des pommes de terre. D’après le récit de ma mère (Rosalie ZÜGER née SPECHT, le 24/02/1903, 42 ans), mon père (Joseph ZÜGER, né le 20/02/1903, 42 ans) était en haut du champ entrain de faire les sillons avec les boeufs et ma mère était en bas du champ, mettant les patates tous les 30 cm dans les sillons fait par mon père.

C’est à ce moment là, qu’elle entendit l’avion et qu’elle le vit piquer dans leur direction, pris de panique, elle s’enfuit à toutes jambes pour s’éloigner un maximum du lieu d’impact. Le pilote, dont le parachute n’était pas totalement ouvert, tomba à 5 mètres de son panier de pommes de terre. L’avion percuta le sol à environ une trentaine de mètres d’eux et à 500 mètres de la route allant de Morschwiller à Huttendorf.

De la salle de classe, nous avons entendu un grand boum. Au bruit, nous savions qu’un avion s’était écrasé, il était à peu près 11h00. À peine sortie de l’école vers midi, je suis allé voir le lieu du crash. Les médecins américains ont tout de suite emmené le corps du pilote à Hochfelden, où il y avait un hôpital militaire américain et un cimetière militaire.

L’avion a été récupéré par l’armée américaine, le jour même ou les jours suivant, je ne sais plus trop exactement, mais ils l’ont enlevé très rapidement. J’avais juste eu le temps de récupérer des bagues de serrage de durites qu’on ne trouvait pas l’époque. »

Témoignage rendu le 20 Octobre 2025

RAPPORT DE L’U.S. ARMY AIR FORCES
DU DÉPARTEMENT DE LA GUERRE AMÉRCAIN

« MÉTÉO AU MOMENT DE L’ACCIDENT : Averses de pluie avec 6/10 de nuages bas à un plafond mesuré à 2300 pieds (700 mètres) et 10/10 d’altostratus au-dessus de 10000 pieds (3000 mètres).
Visibilité : 4 miles (6,5 kilomètres). Température : 57°F (14°C) point de rosée 50°F (10°C).

NATURE DE L’ACCIDENT : L’avion est sorti en vrille du ciel couvert à environ 5000 pieds (1500 mètres) d’altitude. Le pilote a tenté de sauter en parachute près du sol. Le parachute n’a pas eu le temps de se gonfler et le pilote a été projeté au sol à une trentaine de mètres de l’avion.

CAUSE DE L’ACCIDENT : Indéterminée.

L’accident a été constaté par le lieutenant John C. COOK, du 76e officier de la police de la route, dont le témoignage est joint. L’appareil a été examiné minutieusement par les officiers de ce poste et aucune trace de dommages de combat n’a été constatée. La cause de l’accident est inconnue.

L’avion a heurté le sol sur l’aile gauche et le nez à un angle d’environ 35 degrés. »

La commune remercie Boris RIPAMONTI pour son travail de rédaction et ses recherches.